Le marché des e-bikes au Kenya : opportunités, défis et perspectives

Un panorama complet du marché des e-bikes au Kenya, avec analyse des moteurs de croissance, des obstacles à l’adoption, des acteurs clés, et des perspectives stratégiques pour les années à venir.

11/10/20256 min read

🚲 Le marché des e-bikes au Kenya : vers une révolution silencieuse de la mobilité urbaine

La transition énergétique s’accélère, et le Kenya s’impose comme l’un des pionniers africains de la mobilité électrique. Si les voitures électriques attirent l’attention médiatique, c’est pourtant sur deux roues que se joue la véritable révolution : celle des e-bikes et motos électriques.
Porté par un réseau dynamique de conducteurs de boda-boda, par des start-ups locales et par des financements internationaux, le marché kényan est à la croisée des chemins entre croissance verte et innovation sociale.

1. Pourquoi les deux-roues dominent la mobilité kényane

🛣️ a) Une question d’infrastructure et de mobilité

Les routes étroites, souvent encombrées ou dégradées, font des motos le moyen le plus rapide et le plus fiable pour circuler dans les villes comme Nairobi, Kisumu ou Mombasa.
Les deux-roues peuvent franchir les embouteillages, atteindre des zones rurales difficiles d’accès et offrir une flexibilité que les voitures ne permettent pas.

💰 b) Une solution économique

Le coût d’achat d’une moto thermique reste largement inférieur à celui d’une voiture. Pour des milliers de Kényans, c’est le premier investissement productif accessible.
Les coûts d’entretien et de carburant sont également maîtrisables, ce qui a permis aux motos de devenir l’épine dorsale du transport informel et de la livraison urbaine.

🧑🏽‍🔧 c) Un outil de subsistance

Les conducteurs de boda-boda assurent des millions de trajets chaque jour. Pour beaucoup, la moto représente un emploi, un revenu quotidien et une indépendance économique.
Cette ubiquité crée un effet réseau : garages, pièces détachées, stations-service, écoles de conduite et associations professionnelles.

⚡ d) Une base idéale pour l’électrification

C’est précisément cette familiarité avec les deux-roues qui ouvre la voie aux e-bikes : la population est prête, les usages sont ancrés, et le potentiel de substitution est immense.

📊 2. Le décollage des e-bikes au Kenya

Selon CleanTechnica, environ 2 557 motos électriques ont été vendues au Kenya en 2023, soit 3,6 % des ventes totales. En 2024, la part aurait presque doublé à 7 %, et les huit premiers mois de 2025 montrent déjà que 10 % des motos neuves vendues sont électriques.
Un rythme de croissance comparable aux débuts du mobile money il y a quinze ans.

Cette expansion repose sur trois piliers : les coûts, la technologie, et la volonté politique.

💸 3. Les moteurs de croissance

🔋 a) Des coûts d’usage imbattables

Les e-bikes coûtent plus cher à l’achat, mais beaucoup moins à l’usage.
Pas de carburant, peu d’entretien : un conducteur de boda-boda peut économiser jusqu’à 30 % de ses dépenses mensuelles.
Dans un pays où le prix de l’essence reste volatil, c’est un argument décisif.

🧾 b) Des modèles financiers adaptés

Pour réduire le coût d’entrée, les opérateurs ont innové : leasing, pay-as-you-go, batteries-as-a-service.
Exemple : Roam Electric propose désormais des e-bikes aux boda-boda pour 25 000 Ksh (≈ 190 €) grâce à un plan de financement flexible (The Kenya Times).
Ces formules transforment la moto électrique en service plutôt qu’en produit, et élargissent considérablement le marché.

🏭 c) Une industrialisation naissante

Des fabricants comme Ampersand ont triplé leur capacité d’assemblage à Nairobi pour répondre à la demande (CleanTechnica).
Kiri EV, soutenue par des partenaires chinois, mise sur le transfert de technologie pour fabriquer localement (ChinaGlobalSouth).

🏛️ d) Une impulsion politique et environnementale

Le Kenya s’est engagé à réduire ses émissions de CO₂ et à promouvoir la mobilité électrique.
Le gouvernement soutient les investissements dans les infrastructures et la production locale (Connecting Africa), même si les incitations fiscales restent limitées.

⚠️ 4. Les défis qui freinent encore l’adoption

💵 Coût initial et financement

Le ticket d’entrée reste élevé pour les conducteurs indépendants, surtout dans un secteur encore largement informel.
Sans appui financier, les e-bikes restent perçues comme une technologie “urbaine” et non encore accessible à tous.

🔌 Infrastructures de recharge

Les stations de battery-swap se multiplient à Nairobi, mais la couverture nationale reste faible.
L’interopérabilité entre modèles est encore limitée : chaque marque développe son propre format de batterie, ce qui ralentit l’émergence d’un écosystème partagé.

🧩 Dépendance technologique

La plupart des batteries et composants viennent de Chine (ChinaGlobalSouth), créant une dépendance stratégique.
Certains acteurs comme Transsion — le géant derrière Tecno — s’intéressent désormais à ce segment, ce qui pourrait remodeler la chaîne de valeur africaine.

⚙️ Risques industriels et fiscaux

Le cas d’eBee Mobility, contrainte à des licenciements massifs suite à un différend fiscal (TechTrendsKE), illustre la fragilité du secteur face aux fluctuations réglementaires et à l’incertitude politique.

🧭 5. Les acteurs et leurs stratégies

Le marché kényan se structure autour de plusieurs pôles :

Ampersand : Fabrication locale, leasing pour boda-bodaExpansion de l’usine de Nairobi

Roam Electric : Financement abordable, e-bikes à 25 000 KshNouveau partenariat avec boda-boda unions

Spiro : Flottes électriques, batterie-swap à grande échelleLevée de 100 M $ (TechCabal)

Sun Mobility : Infrastructure et batteries interchangeablesObjectif : +100 000 véhicules en 2025 (BW Disrupt)

Kiri EV : Assemblage local, technologie chinoiseProduction locale en hausse

Les modèles dominants :

  • Leasing / location longue durée, permettant aux conducteurs de payer à l’usage.

  • Battery-as-a-service, réduisant le coût initial et facilitant la maintenance.

  • Modèles hybrides, combinant financement + service + infrastructure.

🚚 6. Segments de marché et opportunités

👷 6.1 Le cœur du marché : les boda-boda

Ce segment représente plus d’un million de motos en circulation.
Les conducteurs dépensent en moyenne 500 à 700 Ksh par jour en carburant.
Remplacer les thermiques par des e-bikes permettrait d’économiser des milliards de shillings chaque année, tout en réduisant la pollution urbaine.

📦 6.2 Livraison et logistique urbaine

Le boom du e-commerce et de la livraison de repas (Jumia, Glovo, Uber Eats) crée une demande forte pour des flottes électriques fiables et économiques.
Les entreprises adoptent des modèles de leasing de flotte avec recharge sur site.

🏘️ 6.3 Usage personnel et rural

Encore marginal, ce segment se développe grâce à la baisse du coût des batteries et à la disponibilité de bornes dans les zones secondaires.

🌍 6.4 Export et hub industriel régional

Le Kenya est en passe de devenir un hub est-africain de la production de motos électriques, capable d’approvisionner l’Ouganda, la Tanzanie et l’Éthiopie.
Plusieurs entreprises — notamment Kiri EV et Roam — envisagent déjà l’exportation.

📈 7. Perspectives et projections

Court terme (2025-2027)

Le marché pourrait dépasser les 100 000 unités électriques cumulées d’ici fin 2027, représentant 15 % des ventes de motos neuves.
La croissance est soutenue par l’arrivée de nouveaux investisseurs et par la structuration du réseau de swap.

Moyen terme (2028-2030)

Le Kenya pourrait devenir un pôle industriel régional, avec une chaîne de valeur intégrée : assemblage local, production de batteries, recyclage, et export régional.
La généralisation des standards de batterie et des incitations fiscales accélérerait encore la transition.

Long terme

L’objectif à horizon 2030 serait que 1 moto sur 3 soit électrique, réduisant significativement les importations de carburant et les émissions du transport urbain.

🧩 8. Les conditions du succès

Pour les entreprises

  • S’ancrer localement (fabrication, maintenance, emploi).

  • Proposer des solutions de financement inclusives.

  • Nouer des partenariats avec les associations de boda-boda et les sociétés de logistique.

Pour les investisseurs

  • Le secteur combine impact social et potentiel de rendement élevé.

  • Les projets les plus prometteurs : ceux intégrant à la fois la moto, la batterie et le service (approche verticale).

Pour le gouvernement

  • Simplifier la fiscalité sur les importations de composants.

  • Normaliser les standards de batterie.

  • Étendre les infrastructures de recharge publiques.

Pour les conducteurs

  • L’enjeu principal : formation et accompagnement.

  • Les e-bikes réduisent les coûts mais exigent une adaptation technique (batterie, recharge, entretien).

🌿 9. Un tournant stratégique pour le Kenya

Le Kenya possède un atout clé : son écosystème entrepreneurial agile et une population jeune et mobile.
L’e-bike devient un levier à la fois économique, écologique et social.

Mais la réussite de cette transition dépendra d’une coordination entre acteurs :

  • Les entreprises pour l’innovation,

  • Les investisseurs pour le capital patient,

  • Et l’État pour un cadre incitatif et stable.

Si ces conditions sont réunies, le Kenya pourrait devenir le laboratoire africain de la mobilité électrique, et inspirer d’autres marchés émergents.

🧠 Conclusion

Le Kenya n’en est plus aux balbutiements : la révolution e-bike est en marche.
Le pays réunit tous les ingrédients d’un succès africain — demande massive, innovation locale, technologie accessible et enjeux environnementaux urgents.

Les prochaines années seront décisives pour passer d’un marché de niche à un secteur structuré, capable de transformer durablement la mobilité urbaine et de créer des milliers d’emplois verts.


Sur deux roues, la transition énergétique kényane est déjà en train d’accélérer.